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Archive Tunisie [1904]

Archive Tunisie [1904]
  • Description :
    La collection « Archiv Tunesien » (Archive Tunisie) comprend un ensemble de 14 enregistrements sur cylindres de cire réalisés le 24 avril 1904 au Panopticum Castan à Berlin par le musicologue Erich von Hornbostel pour le compte du Phonogramm-Archiv de Berlin, qu’il venait de cofonder avec le psychologue Carl Stumpf. Ces enregistrements ont été réalisés lors de la visite d’une exposition « ethnographique » itinérante (Völkerschau), organisée en Allemagne par l’entrepreneur Carl Marquardt et intitulée « Die Tunesien » (Les Tunisiens). Ces enregistrements s’inscrivent dans le contexte de l’essor de la musicologie comparée au début du XXe siècle et de la constitution des premières archives sonores scientifiques. Le Panopticum, fondé en 1872 par les frères Castan, était un musée de cire comparable à celui de Madame Tussaud à Londres. Outre ses collections, il accueillait également des spectacles mettant en scène des groupes qualifiés d’« exotiques ». Annoncée par une publicité accrocheuse — « L’Afrique à Berlin ! », « les belles dames du harem de Tunis ! » — la troupe tunisienne y fut présentée pendant près de deux mois. Après leur passage à Berlin, la troupe poursuivit une tournée en Allemagne. Le 3 juillet 1904, elle attira une foule record de 41 509 visiteurs au Zoo de Breslau (actuelle Wroclaw en Pologne) et se produisit même jusqu’à Münich où la troupe fut présentée lors de l'OktoberFest. Sur les treize enregistrements réalisés, neuf sont attribués à Daïdou Messika, musicien polyvalent (oud, cornemuse mizwid) et chanteur. Sans qu’il soit possible d’établir un lien définitif, on peut relever que le père de la célébrissime chanteuse tunisienne Habiba Messika portait le même prénom et était lui aussi multi-instrumentiste. Sur les quatre enregistrements restants, deux sont attribués à Abdallah ben Amar (gumbrī) et Naceur ben Mohamed (shqāshiq), tous deux indiqués comme étant nés au “Soudan”, terme qui désignait, à l’époque, de manière large les régions situées au sud du Sahara. Les cartes postales éditées à l’occasion de cette exposition permettent d’associer des visages à ces noms. Cependant, ces cylindres — probablement les premiers témoignages sonores de musique bori /stambeli — sont aujourd’hui perdus. Seuls les cylindres numérotés 8 à 13, interprétés par Daïdou Messika, ont été conservés. Le contexte de ces enregistrements a été évoqué dans la remarquable collection Black Europe: The Sounds and Images of Black People in Europe Pre-1927, éditée par le label Bear Family Records en 2013, consacrée aux premières traces sonores et visuelles de la présence de personnes noires en Europe avant 1927. Les cylindres originaux sont aujourd’hui conservés au Berlin Phonogramm-Archiv de l’Ethnologisches Museum Berlin (Allemagne), sous le numéro d’identification VII WS 41.